BETTY BOO -

Moi ... ma vie ... et tout ce que j'aime ...
Le chanteur de rue qui ne plaisait pas à tout le monde Chanteur de rue depuis trente ans à Rennes, Rodrigue se bat contre un nouvel arrêté municipal visant à encadrer l’activité des artistes de rue.
Une mesure considérée comme injuste par certains habitants ou comme salvatrice pour des voisins et commerçants à bout. Chanteur de rue depuis trente ans à Rennes, Rodrigue se bat contre un nouvel arrêté municipal visant à encadrer l’activité des artistes de rue. Une mesure considérée comme injuste par certains habitants ou comme salvatrice pour des voisins et commerçants à bout.
“Chaque fois que je croise Rodrigue, c'est un peu le rayon de soleil qui illumine Rennes.” Rodrigue Pailhès est chanteur de rue à Rennes depuis trente ans. Il est arrivé dans la ville en 1992 pour ses études de musicologie et a commencé à chanter seul dans la rue un an après, avec pour répertoire principal des chansons de Renaud et Brassens. Depuis, il vient tous les jours, aux mêmes heures, dans la même rue, la rue Le Bastard, la grande artère piétonne et commerçante de Rennes. Il s’y assoit sur une chaise en bois et y joue, invariablement, avec sa guitare sèche, qu’il pleuve, qu’il vente, qu’il neige. “La première fois que j’ai joué dans la rue, c'était à la rentrée. C'était rue Le Bastard, la rue idéale pour faire ça. [...] J'ai vu que ça touchait des gens et moi, ça me faisait plaisir.” Pour de nombreux Rennais et Rennaises, Rodrigue est devenu une figure incontournable et sympathique de la ville. “Un samedi rue Le Bastard sans la voix de Rodrigue, pour moi, c'est pas un samedi à Rennes.” Le chanteur donne du baume au cœur aux passants. Cette régularité, Rodrigue la revendique comme une démarche réfléchie : “Je deviens un personnage un petit peu symbolique et une présence rassurante et immuable.”
“Ça fait cinq ans que j'entends tous les jours Rodrigue, trois, parfois quatre heures par jour, qu'il pleuve ou qu'il vente, y compris le jour de Noël, le jour de l'an…” Si cette immuabilité est pour beaucoup source de sympathie, elle peut être également cause d’agacement, notamment pour les riverains et les commerçants de la rue. Julien, un voisin, se plaint ainsi de la répétitivité du répertoire de Rodrigue. “C’est un peu le supplice de la goutte d’eau. Prenez votre album préféré, vous le jouez cinq heures par jour, même quand vous n'avez pas envie de l'écouter – surtout quand vous n'avez pas envie de l'écouter d'ailleurs – et vous faites ça pendant quatre ou cinq ans d'affilée… À la fin, cet album, vous ne pouvez plus le voir en peinture.” Si Rodrigue assure renouveler son répertoire en apprenant de temps en temps une nouvelle chanson, sa présence pose un autre problème : il empêche d’autres musiciens ou chanteurs de se produire rue Le Bastarde, laquelle est véritablement devenue sa rue. Rodrigue s’est par ailleurs déjà disputé avec des distributeurs de flyers pour défendre sa place sur le marché des Lices, où il se produit le dimanche. La colère des riverains conduit à de petites agressions contre le chanteur : insultes des commerçants ou crachats du haut des fenêtres. Mais Rodrigue refuse de céder aux menaces et continue de chanter, coûte que coûte. Plus d’une trentaine de plaintes ont donc été déposées à la mairie pour nuisance sonore, si bien que celle-ci a fini par réagir en mai dernier par un arrêté, indirectement dirigé contre le chanteur. À cause des nouvelles règles promulguées, il ne peut plus chanter qu’une heure sur la rue Le Bastarde. “Ça fait plus de trente ans que je construis ça, cette place, ce rôle. Et moi-même, je me suis construit avec ça. Tout ce que je sais, c'est que la place que j'ai maintenant, je vais la défendre.” Pour Rodrigue, cet arrêté signifie qu’il ne pourra plus vivre de son métier. Il réagit alors en rédigeant une lettre ouverte sur les réseaux, puis en publiant une pétition en ligne. Ses posts sont vus des dizaines de milliers de fois, commentés par des milliers de personnes. Deux camps se forment : les pro-Rodrigue et les contre-Rodrigue. L’enjeu, en arrière-plan, est pour beaucoup celui de la gentrification du centre-ville, à cause de l’augmentation du prix des loyers et de la multiplication des Airbnb. “Si les loyers deviennent inaccessibles pour moi, il y a un parallèle à faire avec ces rues aussi inaccessibles pour les artistes.”
Pour Julien, le problème, beaucoup plus simple, est celui d’une lassitude : les voisins de la rue désirent seulement que Rodrigue change d’emplacement plus souvent. “Personne n'a envie d'interdire à cette carte postale locale qu’est Rodrigue de se produire dans la rue.” Des négociations avec la mairie ont été lancées par Rodrigue, mais n’ont pas abouti pour l’instant. Le chanteur continue donc de se produire comme avant, en attendant que la police le verbalise. Il défend avec ardeur son métier et sa passion, les liens et la complicité qu’il entretient avec les passants qui viennent l’écouter. “Les gens de la mairie me voient comme un individu qui utilise l'espace public pour faire sa tambouille personnelle. Mais cet espace public, si je l'utilise, c'est pour y apporter quelque chose. Ce n'est pas pour reprendre, c'est pour donner. J'aime pouvoir être le lien entre des gens qui ne se parleraient jamais.”

1 commentaire:

  1. Coucou et surtout passe un bon lundi et reçois mes gros bisous

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