BETTY BOO -

Moi ... ma vie ... et tout ce que j'aime ...
Histoires de tatouages qu'il a fallu effacer Camille réalise qu'elle s'est approprié un symbole d'une culture qui n'est pas la sienne. Max s'est fait tatouer le nom de son ex-copine pour la reconquérir.
"Ă€ aucun moment, il est devenu insupportable pour moi de porter ce tatouage, mais je savais qu'il ne correspondait absolument pas Ă  mon approche du monde."
Camille, 31 ans, Ă©voluait au lycĂ©e dans un milieu “rock and roll”, dans lequel le tatouage faisait office de rite de passage. Lorsqu’elle se dĂ©cide Ă  en faire un, elle trouve sur Internet un symbole de l’amour d’origine ghanĂ©enne, qu’elle choisit pour son esthĂ©tique et sans trop rĂ©flĂ©chir.
Des annĂ©es plus tard, elle prend conscience que ce tatouage relève de l’appropriation culturelle : “Je suis blanche, je n'ai absolument aucun lien avec le continent africain et Ă  l'Ă©poque je n’avais strictement aucune connaissance sur le Ghana”. Au moment de se faire tatouer, elle n’a pas fait les recherches nĂ©cessaires pour vĂ©ritablement maĂ®triser l’origine et la signification de ce symbole. Elle dĂ©cide donc de le recouvrir par un autre tatouage, en accord avec ses valeurs : “Je me sens beaucoup plus ancrĂ©e aujourd'hui avec ce tatouage plutĂ´t qu'avec l'ancien, parce qu'il me reprĂ©sente plus.”
"Quoi de mieux qu'un truc qui ne s'efface jamais ? J'ai eu comme un Ă©clair de gĂ©nie, qui n'en Ă©tait pas un…" Max, 29 ans, s’est fait tatouer par amour alors qu’il Ă©tait mineur, ce qui est illĂ©gal. En effet, Ă  ses 15 ans, il rencontre une fille avec qui il se met en couple. Il dĂ©couvre alors la libertĂ© et finit par tromper sa copine, qui le dĂ©couvre et le quitte. Face Ă  ses Ă©checs successifs pour la reconquĂ©rir, il dĂ©cide de se faire tatouer son nom sur son biceps :
“J'Ă©tais quelqu'un de romantique, mais pas de façon maline.” Le procĂ©dĂ©, fou, fonctionne et les deux se remettent ensemble pour un an. Mais, après la rupture, Max se rend vite compte que le tatouage va poser problème dans sa vie amoureuse : “Si je voulais trouver une autre meuf, je ne pouvais pas avoir le nom de mon ex tatouĂ© sur le bras”. Il finit donc par se faire recouvrir le prĂ©nom par une barre. Aujourd’hui, il ressent un peu de honte vis-Ă -vis de cette histoire, et observe qu’elle provoque parfois un mouvement de recul chez les femmes qu’il frĂ©quente, certaines se disant, selon ses propres mots :
"Attends, mais il serait pas complètement tarĂ© ce mec pour faire des trucs comme ça ?”.
Depuis le 25 septembre 2026, les élèves du lycée Paul-Éluard à Saint-Denis se réunissent devant leur établissement pour dénoncer le manque de profs remplacés, les horaires à rallonge, l'extrême vétusté et l'insalubrité de leur lycée. Ils se sentent négligés par les pouvoirs publics.
Mais c’est aussi une angoisse de l’avenir que ces jeunes expriment, vis-Ă -vis de leur futur scolaire ou professionnel après le lycĂ©e. “On veut avoir des chances de rĂ©ussir. Mais quand on est dans ce genre de lycĂ©e, on n'y arrive pas. On est les adultes de demain, mais les adultes d'aujourd'hui ne nous prennent pas au sĂ©rieux”. Derrière cette anxiĂ©tĂ©, il y a aussi une colère vis-Ă -vis du mĂ©pris parisien pour les jeunes de banlieue : comme le dit un lycĂ©en, “Ils croient qu'on est des ‘racailles', alors qu'on est juste des gens qui veulent ’exprimer. [...] Paris, c'est les bons Français, alors qu'on devrait avoir les mĂŞmes droits et les mĂŞmes chances.” "Si le lycĂ©e continue comme ça, personne ne va avoir d’avenir ici". Les lycĂ©ens rĂ©agissent d’abord aux conditions insalubres dans lesquelles ils doivent Ă©tudier : cafards, rats, prĂ©fabriquĂ©s sans clim’ et sans chauffage, coupures d’Ă©lectricitĂ©… MalgrĂ© les nombreuses demandes auprès des professeurs principaux, du proviseur, des CPE, du rectorat, rien n’a Ă©tĂ© fait.
“Un jour, j’Ă©tais en cours et j'ai vu un cafard Ă  cĂ´tĂ© de moi, sur le mur. Ma prof a dĂ» prendre une vidĂ©o pour montrer Ă  la direction. Ils ont dit qu'ils allaient rĂ©gler les choses, sauf qu'ils ont toujours pas rĂ©glĂ©. On nous Ă©coute pas, on parle dans le vent.” “Et si on n'est pas aidĂ©s par les adultes de nos jours, qu'est-ce qu’on va devenir ? On nous dit de ne pas chĂ´mer, de bien travailler Ă  l'Ă©cole, mais est-ce que le travail qu'on fait va ĂŞtre rĂ©compensĂ© plus tard ? Est-ce que ça va payer ?” Une lycĂ©enne sur le blocus C'est pas parce qu'on nous donne juste une miette qu'on devrait l'accepter” Yasmina, 17 ans, est nĂ©e en AlgĂ©rie et est issue de la classe populaire. C’est ce parcours qui, selon elle, l’a conduite Ă  se politiser et lui a donnĂ© une vision très pessimiste de la sociĂ©tĂ©. “Dès petite, j'ai appris que le monde Ă©tait très injuste.” Elle Ă©prouve un vif intĂ©rĂŞt pour l’histoire et la comprĂ©hension des enjeux sociaux actuels, si bien qu’elle aimerait intĂ©grer Sciences Po Ă  la fin de la terminale.
Quand le blocus a Ă©tĂ© annoncĂ© sur les rĂ©seaux sociaux, elle s’est immĂ©diatement rendue sur place. Elle est choquĂ©e de la violence des affrontements entre les Ă©lèves et la police, qui s’intensifie de jour en jour. “J'ai reçu du gaz. Je vais m'en souvenir parce que c'est fort, c'est dangereux. Les Ă©lèves Ă©taient en train de courir de partout.” De façon gĂ©nĂ©rale, les jeunes dĂ©noncent le racisme et le classisme de nombre de policiers. Yasmina s’insurge contre les mesures prises par la prĂ©fecture contre les rassemblements devant le lycĂ©e Paul Eluard. “Je trouve ça aberrant qu'on nous enlève ce droit. On ne peut plus se rassembler et s'exprimer.” Les chaĂ®nes de tĂ©lĂ©vision et les journalistes sont dĂ©noncĂ©s comme colporteurs de fake news. Elle revendique l’usage de l’action et de la violence plutĂ´t que des mots : “Des fois la violence est lĂ©gitime. Pas frapper des gens, mais les feux de poubelles, les mortiers. Tant que ça ne touche personne, il n’y a rien de mĂ©chant, ou de grave.” Et c’est grâce aux feux de poubelle que le blocus a gagnĂ© en visibilitĂ© et que les mĂ©dias se sont dĂ©placĂ©s : "Il y a des gens qui ont brĂ»lĂ©, qui ont cassĂ©… Si on n'avait pas fait ça, personne ne nous aurait Ă©coutĂ©s." Le soulèvement lycĂ©en des derniers jours redonne espoir Ă  Yasmina, qui est heureuse de voir sa gĂ©nĂ©ration se rĂ©volter.
Pour une autre lycĂ©enne interrogĂ©e, l’enjeu clair de cette mobilisation est de redistribuer le droit de parole et d’arrĂŞter de se contenter du minimum. “Ça y est, on a fini de se taire. (...) On nous appelle la jeunesse dorĂ©e, parce qu'on est lĂ  pour faire avancer les choses.” Une mère d’Ă©lève inquiète s’est rendue au blocus pour s’assurer de la sĂ©curitĂ© des enfants. “On soutient nos enfants dans cette revendication. On a vraiment ce sentiment de culpabilitĂ©, en tant que parents, de les faire naĂ®tre dans un endroit oĂą ils sont dĂ©laissĂ©s.”
Fadila est en terminale et aimerait devenir infirmière puĂ©ricultrice. Elle fait le blocus pour dĂ©noncer le sort du lycĂ©e Paul Eluard, mais aussi les violences policières. “Depuis le dĂ©but des blocus, combien d'Ă©lèves se sont fait casser le bras par les policiers ? Combien se sont fait tabasser ? (...) lls sont armĂ©s jusqu'au cou, alors qu’on n'a que des feutres et des cahiers dans nos sacs.” Elle fait Ă©galement Ă©tat, dans son lycĂ©e, d’un climat de tension grandissant sur la question du voile, Ă©tendue au port d’un bandana dans l’enceinte du lycĂ©e. ”Plusieurs fois, on m'a interdit le bandana, mais je continue de le porter quand mĂŞme. Il mesure trois centimètres et n'a aucune signification religieuse.”
“On croit qu'on est des gamins capricieux, qu'on n'a pas envie d'aller en cours, que c’est pour ça qu'on fait des blocus. Ça me rĂ©volte. Moi, je veux juste qu'on nous Ă©coute et qu'on nous comprenne.”