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Leslie et Centho sont des "croque-escrocs". Elle s'invente des faux profils, hacke les ordinateurs des arnaqueurs aux sentiments et vient en aide à leurs victimes. Tandis que lui modifie sa voix pour débusquer ceux qui sévissent sur Internet et parfois réussit à les mettre hors d'état de nuire.
Chacun avec leurs méthodes, Leslie et Centho traquent les escrocs en ligne.
"Un brouteur, c'est une personne qui usurpe une identité dans le but de vous soutirer de l'argent"
Leslie est mère au foyer. Un jour, elle reçoit un message d’un numĂ©ro qu’elle ne connaĂ®t pas, "je n'ai jamais effacĂ© ce message, car c'est mon point de dĂ©part", "la personne me demandait mon prĂ©nom". Perplexe, Leslie fait une rapide recherche sur internet, "j’ai compris que c’Ă©tait un brouteur", "un brouteur, c'est une personne qui usurpe une identitĂ© dans le but de crĂ©er une relation virtuelle avec vous pour vous soutirer de l'argent". Pour s’amuser, elle dĂ©cide de mentir Ă ’escroc, "je lui ai dit que je m’appelais Godefroy de Montmirail", "que j’avais un Ă©cuyer prĂ©nommĂ© Jacquouille", "j’avais compris que c'Ă©tait un escroc et j'avais juste envie de raconter des bĂŞtises".
Leslie dĂ©couvre rapidement qu’elle n’est pas la seule Ă se jouer des brouteurs, "je suis allĂ©e sur Facebook et j'ai vu qu'il y avait des groupes dĂ©diĂ©s pour ça, avec des croque-escrocs : des gens qui piègent les brouteurs en leur racontant tout et n'importe quoi", "j’ai vu qu'il fallait crĂ©er un faux compte, donc c'est ce que j'ai fait". Progressivement, les mĂ©thodes de la jeune femme se perfectionnent, "j’ai créé deux profils, un homme et une femme, JosĂ© et Lili", "deux cĂ©libataires endurcis, parce que c’est le profil que les brouteurs recherchent", "Ă partir du moment oĂą ils commencent Ă me demander de l’argent, je les mène en bateau".
La justicière 2.0 explique ses motivations, "j’ai Ă©changĂ© avec des victimes, ça m'a fait mal au cĹ“ur", "c’est devenu un peu moins marrant quand j'ai vu les dĂ©gâts que ça faisait". Pour protĂ©ger les cibles des escrocs, Leslie n’hĂ©site pas Ă user de ses compĂ©tences, "parfois, je pirate l'ordinateur du brouteur pour pouvoir avoir accès Ă tous ses faux comptes et prĂ©venir toutes les victimes", "mon but, c'est vraiment de leur faire perdre un maximum de temps, le temps qu'ils vont passer focalisĂ©s sur moi, c'est du temps qu'ils ne vont pas pouvoir passer avec quelqu’un d’autre", "je veux aussi les dĂ©courager, qu’ils se disent que ça ne paye pas assez pour l’implication que ça leur demande". Elle n’hĂ©site pas Ă partager son activitĂ© sur les rĂ©seaux sociaux, oĂą elle est connue sous le pseudonyme "arnaque-moi si tu peux", "honnĂŞtement, si je voulais la gloire, je pense que je ne ferais pas ça, je ferai des recettes sur Internet et ce serait moins Ă©prouvant moralement".
"Mon personnage fétiche, c'est Madeleine Bridoux"
Centho a 20 ans Ă peine et lui aussi s’est lancĂ© dans cette chasse aux escrocs. Centho est un pseudonyme. Le jeune homme a l’habitude d’endosser de multiples identitĂ©s. Lorsqu’il traque les arnaqueurs, il est tantĂ´t Madame Grimaud, Monsieur Muller ou Madeleine Bridoux, "je me fais passer pour une personne vulnĂ©rable, fragile, qui n’a aucune connaissance technique". Ces personnages, Centho les anime de lui-mĂŞme, en modifiant sa voix Ă l’aide de divers logiciels, "je joue des rĂ´les en fait", "je leur fais croire Ă une histoire, il faut rester crĂ©dible", "mon personnage fĂ©tiche, c'est Madeleine Bridoux, avec elle, je peux bloquer tout un centre d’appel, pour leur faire perdre leur temps".
Mais Centho ne se contente pas de ces appels Ă rallonge, "je rĂ©cupère des informations, en particulier sur leurs comptes bancaires, pour qu’ils n’y aient plus accès", "le plus important, c'est de rĂ©cupĂ©rer l’accès Ă l’ordinateur de l’arnaqueur pour prĂ©venir toutes les victimes potentielles". Le jeune homme coopère mĂŞme avec un officier de police judiciaire pour faire tomber une escroquerie au faux support informatique, "ils avaient dĂ©tournĂ© plus d’un million d’euros", "j'ai rĂ©ussi Ă me faufiler sur tout le rĂ©seau informatique de son centre d'appel et suite à ça, j'ai eu son ordinateur avec ses mots de passe personnels, son numĂ©ro de tĂ©lĂ©phone", "au dĂ©but, il niait, mais devant les preuves que j’ai rĂ©coltĂ©es, il a très vite avouĂ©".
Centho chasse toujours les escrocs. Leslie aussi, elle-même crée une association "Arnaque-moi si tu peuxOuverture dans un nouvel onglet".
Amateur de NSBM, “national socialist black metal”, Thomas s’est progressivement laissĂ© sĂ©duire par le nĂ©o-nazisme. Pendant sept ans, il fut un agent actif de l’idĂ©ologie. Aujourd’hui repenti, il raconte.
Tout commence lors de concerts de black metal national socialisteOuverture dans un nouvel onglet, au cours desquels s'échange sous le manteau de la littérature raciste, antisémite et révisionniste, au milieu des saluts fascistes et de croix gammées.
C’est dans ce contexte que Thomas s’est laissĂ© sĂ©duire par l’idĂ©ologie nazie vers l’âge de 15 ans. Avec ses frères de lutte, il commet de nombreuses actions violentes, adhère Ă un grand parti d'extrĂŞme droite, tente de convaincre.
Aujourd’hui, il en revient et se tient Ă©loignĂ© de la politique. Du monstre, il n’en a plus que le costume, qu’il revĂŞt le week-end dans les trains fantĂ´mes oĂą il travaille.
"J'ai eu une adolescence normale, j'ai fait du foot comme tout le monde"
Thomas souhaite démystifier l'image sombre des néo-nazis. Il commence par témoigner : "j'ai grandi à la campagne, dans une famille moyenne. J'étais proche de mes parents, vu que j'étais fils unique." Somme toute une enfance de monsieur et madame tout le monde. Finalement, rien ne prédisposait Thomas à sombrer dans cet univers extrémiste si particulier. Il reconnait : "j'ai du regret, vis-à -vis de mes parents, de leur avoir infligé la déception."
La bascule a lieu lorsque Thomas intègre un lycée, qu'il qualifie de ZEP, zone d'éducation prioritaire. Il se souvient : "il y avait un peu plus de racailles (par rapport au collège), qu'elles soient arabes ou blanches. Un Blanc qui écoutait du rap et qui était en jogging survêt', c'était la même chose qu'un Arabe." C'est à ce moment précis que Thomas commence à avoir des idées racistes. Il conclut : "pour moi, c'était une mauvaise personne."
Thomas n'a pas sombré dans l'extrémisme à cause de discours politiques haineux et mensongers.
La musique a eu un rôle de catalyseur. Le jeune homme raconte : "j'ai commencé à me mettre dans la musique, j'ai joué de la guitare, et puis je me suis rapproché de la mouvance métal vers l'age de 15 ans,
des groupes que tout le monde écoute comme Iron Maiden, ACDC. Au bout d'un moment, tu t'en lasses, surtout quand tu es jeune, tu as besoin de violence, tu as besoin de l'adrénaline quoi et donc tu commences à écouter du death metal, du black metal."
Il ajoute : "il y a des idées d'extrême droite. C'est là que j'ai découvert le national socialist black metal, une mouvance musicale d'extrême droite dans le metal, c'est du black metal nazi."
Thomas résume : "j'ai été néo-nazi de mes quinze ans à mes vingt-deux ans."
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