Horloge -

Moi ... ma vie ... Et tout ce que j'aime ...

La vie est une opportunité, profitez-en ...
La vie est belle, admirez la ...
La vie est un devoir, complètez-la ...
La vie est un rêve, réalisez-la ... La vie est une belle chose ...
Et le bonheur ... Le but de l'existence ...
La vie est un jeu, jouez-la ...
Pendant 20 ans, des lettres anonymes de menaces sexuelles arrivent dans des boîtes aux lettres du sud Morvan. Parmi les destinataires, beaucoup sont agriculteurs et n'osent en parler. Quelques-uns cependant portent plainte, dont Valérie Bernadat, qui va découvrir qu'elle est loin d'être la seule.
Valérie habite à la Larochemillay depuis son enfance et est agricultrice retraitée : "J'ai été pendant vingt ans agricultrice, bergère, j'avais 200 brebis. Et à la mort de mon papa, j'ai repris son entreprise et j'ai fait 17 ans dans l'imprimerie". Valérie est membre d'une association, La Bresseille, pour la défense des forêts de feuillus du Morvan. "Qui peut m'en vouloir pour m'écrire des horreurs pareilles ?" En octobre 2021, dans sa boîte aux lettres, Valérie découvre une lettre anonyme qui comporte des menaces sexuelles : "Le Corbeau a utilisé un magazine pornographique dans lequel il a découpé des femmes dans des positions sexuelles sordides. Et un autre magazine de matériaux de castration, c'est des outils que les agriculteurs utilisent pour castrer des bêtes."
Voici un extrait d'une des lettres reçues par Valérie : "Il faut te préparer à te castrer, couper la chatte, tu n'as pas besoin de jouir à ton âge, ça suffit, chienne de salope. Ton châtreur. À bientôt." "Heureusement que ces personnes m'ont fait confiance, ça aurait pu tourner au drame" Gilles Martin exploite une ferme sur la région de Luzy avec ses deux fils. Son histoire de Corbeau a commencé il y a une douzaine d'années : "On a vu arriver à mon domicile des courriers qui représentaient des scènes pornos où j'étais l'acteur principal par le biais de collages, avec des scènes horribles qui m'étaient adressées." Dans les courriers sont représentés Gilles avec les femmes de ses amis : "Il en a envoyé aussi aux maris des femmes concernées parce que c'était moi à chaque fois avec une autre femme. C'était bien marqué dans les courriers que j'avais des relations sexuelles avec les femmes de mes meilleurs copains."
"Ce mal-être aurait pu être complètement dissipé si on m'avait dit que je n'étais pas la seule" Valérie est allée déposer plainte à la gendarmerie : "Quand vous présentez ce genre de lettre pornographique à quelqu'un qui est censé vous protéger et que vous avez affaire à quelqu'un qui ricane quand il lit ses propos pornos, eh ben oui, j'ai ressenti de l'humiliation." Une gendarmette signale qu'une autre personne a porté plainte : "Elle n'a pas eu le temps de dire le nom de cette femme, le gendarme a coupé court à la conversation." "Je soupçonnais tout un tas de monde" Gilles n'est pas le seul à recevoir ces lettres, sa compagne actuelle aussi : "Sur l'enveloppe, il y avait deux chiens avec le nom de ma nouvelle compagne et moi". Sur les courriers était marqué le nom d'un expéditeur, M. Hongreur : "C'est la profession, c'est de castrer les animaux." En novembre 2021, Valérie reçoit une nouvelle lettre : "On va te prendre un rendez-vous chez un hongreur, il va te castrer comme une bête sans ton avis, t'écraser la pointe et te l'arracher à la ficelle pour t'empêcher de jouir."
"Chez lui, ils ont découvert toutes les revues pornos sur lesquelles il a fait ses découpages" Au mois d'avril 2022, Valérie reçoit une troisième lettre et retourne porter plainte : "Je suis tombée sur un gendarme qui a pris notre plainte un peu plus au sérieux. Ça n'a rien donné de plus mais je me suis sentie un peu plus écoutée." En février 2024, Valérie et Gilles reçoivent un appel d'une gendarmette : "Je crois qu'on a découvert le Corbeau". C'est un voisin qui a découvert l'écriture du Corbeau : "Cet agriculteur reçoit une lettre d'insultes à caractère pornographique qui était destinée à sa compagne. Et il a reconnu l'écriture du corbeau qui était son voisin." "Je soupçonnais d'autres personnes mais surtout pas lui" Valérie ne connaissait pas l'homme qui se cachait derrière le corbeau : "Je ne connais pas ce monsieur, il habite à cinq kilomètres de chez moi, c'est un agriculteur qui officie depuis des années". Gilles, lui, le connaissait : "On habitait le même village. On a grandi et on a été à l'école ensemble".
Ce corbeau a opéré pendant vingt ans : "Il écrivait quatre ou cinq lettres par mois, soit plus de 200 lettres". Onze personnes ont porté plainte mais aucune enquête n'a été menée : "Ils venaient régulièrement à la gendarmerie pour déposer des lettres, pour en faire des scellés. C'était régulier comme on va chercher du pain à la boulangerie". "Je parlerai au nom de toutes ces femmes qui n'ont pas pu le faire" Le procès en correctionnel devait avoir lieu le 28 juillet 2025 : "Le parquet a requalifié les infractions en harcèlement à caractère sexuel en occultant les menaces". Valérie n'est pas allée à l'audience car la gendarmerie a perdu ses plaintes, son dossier était vide : "Le parquet de Nevers m'informe que le dossier ne fera pas l'objet d'une audience publique devant le tribunal correctionnel, mais d'une procédure de comparution sur reconnaissance préalable, c'est-à-dire de culpabilité".
Valérie déplore le manque de considération pour les victimes : "Je voudrais qu'il puisse dire pardon parce qu'il a fait du mal. Donc il faut qu'il intègre ça et pas qu'il se fasse passer pour quelqu'un de déprimé, que les femmes ne l'aimaient pas, qu'il se sente rejeté par les femmes parce que c'est toujours de la faute des femmes".
Au cinĂ©ma comme au théâtre, Ariane Ascaride incarne des personnages qui portent des histoires sociales et politiques. De l’Italie Ă  Marseille, la comĂ©dienne aborde les trajectoires migratoires, les luttes sociales ou encore le gĂ©nocide des ArmĂ©niens, et donne voix Ă  Gisèle Halimi.
Ariane Ascaride, comĂ©dienne C’est un voyage qui s’offre Ă  nous, de Marseille Ă  Erevan, en passant par Naples. Ce sont des rencontres aussi, Marius et Jeannette, Missak et MĂ©linĂ©e, et tant d’autres. C'est l'histoire de gens dont les vies sont souvent invisibilisĂ©es et qui rendent Ariane Ascaride "folle d'histoire", ou plutĂ´t fada d'histoire.
Marseille et sa mosaïque culturelle - Ariane Ascaride est née en 1954 à Marseille, ville-mosaïque vers laquelle ont historiquement convergé des flux migratoires. "À l'école, la mairie offrait des cahiers au début de l'année pour les élèves. Dans la quatrième de couverture, il y avait la légende de Gyptis et Protis. J'ai été élevée avec ça. Je viens d'une ville qui s'est constituée avec l'arrivée de l'étranger", se souvient Ariane Ascaride, à propos du mythe fondateur de Marseille.
"La fille du chef du clan, au mois de mai, [Ă ] l'Ă©poque oĂą les filles choisissent leur mari, va choisir ce garçon, [un marin grec venu de PhocĂ©e, ndlr.] qui est arrivĂ© en bateau." Le père d'Ariane Ascaride est issu d’une famille italienne qui rejoint la France pour des raisons Ă©conomiques. Pourtant, dans un souci d’intĂ©gration culturelle, il ne lui a jamais appris le napolitain. Plus tard, la comĂ©dienne s’est rĂ©appropriĂ© cette histoire : elle tourne des films en Italie et en apprend la langue.
L'enfance marseillaise d'Ariane Ascaride est marquĂ©e par un père communiste et une tradition ouvrière et syndicaliste. Ces engagements la mènent vers des Ă©tudes en sociologie et sur les chemins du syndicat de l’Union nationale des Ă©tudiants de France (UNEF). C’est par le militantisme qu’elle rencontre le rĂ©alisateur Robert GuĂ©diguian, avec qui elle achève sa maĂ®trise de sociologie. En 1980, ils tournent ensemble Dernier Ă©tĂ©, premier film d’un long compagnonnage artistique. Ariane Ascaride incarne Ă©galement ses engagements sociaux au cinĂ©ma. Dans La Pie voleuse (de Robert GuĂ©diguian, 2025), elle joue Maria, auxiliaire de vie dont le conjoint est endettĂ©. Dans Rouge midi (de Robert GuĂ©diguian, 1983), elle est cette fois Maggiorina, une Calabraise qui a immigrĂ© vers l’Estaque, Ă  Marseille, dans les annĂ©es 1920.
"Moi, en tant qu'artiste, c'est peut-ĂŞtre prĂ©tentieux Ă  dire, mon rĂ´le est de faire entendre la parole de ceux qu'on croise dans la rue et sur lesquels on ne se retourne pas. Mais c'est ceux-lĂ  qui font le monde", explique la comĂ©dienne. Ariane Ascaride s’intĂ©resse aux histoires incarnĂ©es et rappelle son attachement aux rĂ©sistantes Lucie Aubrac et Charlotte Delbo. Dès l’adolescence, elle lit le Journal d’Anne Frank et prĂŞte attention aux rĂ©cits de la Seconde Guerre mondiale. Dans les annĂ©es 1960, Marseille porte encore les traces du conflit, Ă  l’image des impacts de balles sur les murs de la basilique Notre-Dame-de-la-Garde. Son père, engagĂ© dans la RĂ©sistance, ne lui en a jamais fait le rĂ©cit.
Comme comĂ©dienne, Ariane Ascaride choisit des personnages qui s'opposent aux injustices et aux abus de pouvoir. Au théâtre, elle incarne Gisèle Halimi, dans l’adaptation théâtrale de Gisèle Halimi, une farouche libertĂ© (co-Ă©crit par Annick Cojean, 2020). Au cinĂ©ma, dans Les HĂ©ritiers (de Marie-Castille Mention-Schaar, 2014), elle est une professeure d’histoire-gĂ©ographie qui inscrit sa classe de seconde au Concours national de la RĂ©sistance et de la DĂ©portation.