💕PeTiTe-Fleur
Agent de l’Office Français de la Biodiversité, Stéphane raconte la réalité du terrain : les atteintes à l’environnement, la montée des violences autour de ses missions et l’usure de son engagement.
Stéphane a 50 ans. Il habite dans Le Dessoubre, dans le Doubs. Il se souvient du voisin de ses parents quand il était enfant. "Mes parents ont habité à côté d'un agent de l'Office national de la chasse. J'étais fasciné par ce garde, par ce qu'il faisait. C'est quelqu'un qui était passionné d'environnement et qui allait surveiller les rapaces. Il restait quelques nids de faucon pèlerin pour tout le département. Ces gens-là veillaient presque jour et nuit. Ces missions me paraissaient tellement importantes déjà à l'époque que c'est lui qui m'a donné cette idée et j'ai tout fait pour arriver à mes fins."
C'est comme ça que Stéphane entre en 1991 à ce qui était à l'époque l'Office National de la chasse et de la faune sauvage. "Quand je suis sorti de troisième, j'ai commencé par faire un BEPA polyculture élevage à Dannemarie. Nos agriculteurs sont tous formés là-bas. J'ai passé le concours en 1990."
En 2020, à l'occasion d'une fusion avec un autre organisme, l'Office National de la chasse et de la faune sauvage devient l'Office français de la biodiversité (OFB). C'est un établissement public pour la protection et la restauration de la biodiversité, sous la tutelle des ministères chargés de l'Écologie et de l'Agriculture. "Les agents, on est entre dix et quinze par département. Les missions, c'est à peu près en moyenne, je pense, 70 % de missions de police. Ça pouvait être la chasse, la pêche, la pollution de l'eau par exemple, et tout ce qui concerne l'environnement."
"La police bosse dans les grandes villes, les gendarmes bossent dans les villages, nous, on bosse dans la nature"
Une partie du travail de Stéphane consiste donc dans le contrôle de la chasse. "Mon boulot était d'aller voir, contrôler les chasseurs en pleine action, voir s'ils n'avaient pas des chevrotines dans le fusil, quand on n'a que le droit de tirer du gibier à balles, etc. En théorie, on n'a pas le droit de chasser en voiture, donc voir s'ils étaient bien allés au poste à pied, s'ils ne couraient pas après les animaux avec leur véhicule."
Avec la disparition progressive de la biodiversité au cours des trente dernières années, le métier de Stéphane se transforme. "De plus en plus, l'Office français s'est orienté sur des espèces plus rares. De plus en plus, on nous a dit : 'Mais là où il n'y a pas d'enjeu, laissez tomber. N'allez plus contrôler un chasseur qui chasse les sangliers, à la rigueur ces sangliers, qu'ils les tuent en voiture, qu'ils les tuent avec des chevrotines ou bien qu'ils ne les tuent pas, il n'y a pas beaucoup d'enjeu. En revanche, allez voir ce qui se passe tout au bord de l'eau, parce qu'on sait que si au bord de l'eau tout crève, la chaîne alimentaire va s'en trouver impactée'."
La fonction de Stéphane reste une fonction de police autour de l'environnement. "En France, il y a la police qui bosse dans les grandes villes, les gendarmes bossent dans les villages et puis nous on bosse dans la nature. Concrètement, le travail, quand on constatait une pollution dans nos rivières, soit parce qu'il y avait des poissons qui mouraient, soit parce que l'eau avait une coloration bizarre, on pouvait la constater parce qu'on nous avait dit ça sent les hydrocarbures ou ça sent mauvais à tel endroit, notre mission était de relever par procès-verbal, trouver une origine, trouver un coupable et puis le transmettre à la justice."
Pendant le confinement, Stéphane continue d'exercer son métier. "On nous envoie un petit message, il y a une pelleteuse qui est en train d'arracher des haies sur la commune de Guyans-Vennes. [...] Je trouve cette pelleteuse et je stationne mon véhicule au bord d'une route. Et puis j'ai tout juste le temps de descendre de ma voiture qu'un gars à vélo débarque derrière moi, je ne connaissais cette personne ni d'Ève ni d'Adam, en me disant : 'Mais qu'est-ce que vous venez faire là ?' Vous êtes chez moi, il faut foutre le camp !"
S'ensuit une confrontation entre Stéphane et le particulier. "J'ai dit : 'Écoutez, non, je viens juste faire un constat, je viens voir ce qui se passe autour de ces haies, il y a une pelleteuse qui est en train d'arracher des haies, je viens constater'. 'Foutez le camp, vous êtes chez moi !'. Alors, il me pousse une fois, je recule, il me repousse une fois, je recule encore."
La tension monte. "Cette personne, tellement excitée, commençait à crier vraiment fort. Malgré le fait de lui avoir dit : 'Mais gardez vos distances, on est en confinement, je n'ai pas de masque, on doit garder nos distances."..
Mais l'homme ne se calme pas...
Marlene Engelhorn a grandi dans une famille multimillionnaire à Vienne, en Autriche. Elle apprend à dissimuler le patrimoine que possède sa famille. Quand elle apprend qu'elle va hériter de plusieurs dizaines de millions d'euros, elle décide de redistribuer cet héritage via une assemblée citoyenne.
Marlene Engelhorn a grandi à Vienne, dans une famille multimillionnaire. "Je ne dis jamais [de combien est le montant] exactement. Ça a à faire avec la famille qui veut que je ne parle pas des chiffres exacts. (...) J'ai grandi dans une villa. On n'appelait pas ça une villa, on disait une 'grande maison', ce qui est ridicule parce que le bâtiment à côté avait la même taille, il y avait six familles qui habitaient à l'intérieur."
"On ne parle pas de l'argent, on l'a"
La fortune de la famille de Marlene est héritée. "Elle vient de ma grand-mère qui l'a héritée de son mari mort, qui l'a héritée de son père, qu'il a héritée de son père, qu'il a héritée de son père, qu'il a héritée de son père, etc. L'entreprise qu'il faut aussi nommer pour avoir une idée d'où ça vient vraiment, c'est Boehringer Mannheim, une entreprise pharmaceutique allemande."
Marlene se souvient d'avoir toujours dû cacher sa fortune hors de sa famille. "À l'époque, mes parents me disaient quant aux vacances, quant au nombre et au prix qu'on pouvait estimer à travers les cadeaux qu'on recevait, de ne pas divulguer tout, de cacher le patrimoine à travers des récits incomplets. Ce n'est pas vraiment un mensonge, mais ce n'est pas non plus vraiment honnête. C'était dommage parce que j'avais envie de raconter tout à tout le monde, parce que je trouvais ça excitant et génial en tant qu'enfant."
À sa majorité, la mère de Marlene lui détaille l'origine de la fortune familiale. "Elle m'a raconté pour la première fois des montants de patrimoine, de ce qui circule un peu dans la famille. Elle non plus ne savait exactement combien c'est et qui a quoi. Il n'y a presque aucune transparence à l'intérieur de la famille. (...) C'était très facile pour moi de le mettre de côté et de me dire 'c'est le patrimoine de la famille, c'est pas vraiment mon problème, non ?'"
"Quand on est riche et privilégié, on nous apprend rapidement que tout le monde est toujours envieux, et qu'il ne faut jamais, jamais être honnête"
Pour ses études, Marlene intègre l'université de Vienne. Elle fréquente un milieu social davantage diversifié, mais raconte ne pas se rendre tout de suite compte de ses privilèges. "Je ne comprenais pas immédiatement pourquoi les autres étudiants bossaient à côté des études. Ils trouvaient ça super bien pour leur CV. C'est ce qu'on m'avait dit, il faut mettre un peu d'expérience pour prouver qu'on est un peu hands on. Je croyais que c'était pour ça qu'ils faisaient ça, donc moi aussi je vais me chercher un petit taf à côté en ayant le privilège de toujours pouvoir quitter ce taf si jamais ça me plaît pas.
Eux, ils n'avaient pas ce privilège."
C'est en fréquentant et discutant avec des camarades que Marlene prend conscience de sa différence de capital économique et social. "Les premières questions qu'on me demandait, c'est une question à travers laquelle je reconnais immédiatement si une personne a du patrimoine, c'est 'combien tu payes pour cet appart ?'.
Une personne qui est riche ne demande pas ça, elle ne comprend pas que ça se loue, des apparts. Bien sûr qu'on sait que les gens doivent payer un loyer, mais la plupart des gens qui sont très riches, c'est leur appart à eux. Donc c'était bizarre pour moi qu'on me pose cette question."
Alors, Marlene décide de rompre le silence familial et d'évoquer en toute transparence sa fortune avec ses ami·es. "Au début, j'étais nerveuse. J'avais demandé à un ami à moi 'Tu ne veux pas venir chez moi ? Je dois te parler d'un truc. C'est important, je ne sais pas comment le faire'. J'ai été un peu maladroite dans ce discours. On s'est mis sur le canapé, on a commencé à parler. J'ai commencé à lui raconter les histoires de famille."
Marlene apprend comme cela à rire de ses différences avec ses amis. Ses discussions avec eux donnent aussi lieu à une prise de conscience et un positionnement de la part de Marlene, quant à la redistribution dans la société du patrimoine et à la taxation de l'héritage.
Un jour, Marlene apprend qu'il est prévu qu'elle hérite de plusieurs millions d'euros de sa grand-mère. Elle décide alors de faire quelque chose avec cet argent...
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