Horloge -

Moi ... ma vie ... Et tout ce que j'aime ...

La vie est une opportunité, profitez-en ...
La vie est belle, admirez la ...
La vie est un devoir, complètez-la ...
La vie est un rêve, réalisez-la ...
La vie est une belle chose ...
Et le bonheur est le but de l'existence ...
La vie est un jeu, jouez-la ...
À 57 ans, pour encourager son fils décrocheur du système scolaire, Dalila décide de passer son bac en même temps que lui et dans le même lycée.
Au 132 rue d’Alésia, dans le 14ᵉ arrondissement, le lycée d’adultes de la Ville de Paris est un établissement d’enseignement public unique en France. Chaque année, près de 300 personnes s’inscrivent afin de préparer le baccalauréat et reprendre leurs études. "Je savais qu'il avait le trac, alors j'y suis allée. Je me suis inscrite avec lui."
Dalila a 57 ans, elle vit à Colombes et travaille dans un laboratoire médical. Elle a un fils, Karim, qui a 20 ans et qui a eu plusieurs soucis au cours de sa scolarité, notamment liés à des questions de harcèlement : "Je lui ai dit : je suis là pour toi, je ne perds pas espoir et même si tu redoubles, je continuerai à t'accompagner, ne t'inquiète pas. Alors, j'ai suivi plusieurs pistes : je l'ai inscrit dans une école privée, puis au CNED, mais ça n'a pas marché. Et sur internet, par hasard, je suis tombée sur ce lycée pour adultes." Après discussion avec son mari, ils s'engagent tous les trois dans la visite du lycée le jour des portes ouvertes. Et c'est pour rassurer son fils timide que Dalila passe le test avec lui. "Moi, ils m'ont mis dans une classe littéraire et lui, ils l'ont mis dans une classe scientifique." "Quand on est arrivé au lycée. La seconde, ça s'est très bien passé. C'était facile, c'était en quelque sorte des rappels. Karim a pris confiance en lui. Mais par contre, la première, c'était une année très difficile parce qu'ils nous ont séparés pour que Karim soit plus autonome.
Ils nous ont mis à deux dans deux classes différentes, alors il y a quelques matières, le tronc commun, on travaille ensemble. [...] Je travaille en parallèle et en même temps, il y a les devoirs du lycée : dans les transports, j'avais mes fiches. L'année, a commencé à s'accélérer : du lundi et jusqu'au samedi, il n'y a pas de repos, le dimanche, le temps de faire un petit peu de ménage. Lui, il jouait aux jeux vidéos. Il ne prenait pas les révisions au sérieux alors que moi, je me suis investie. Je voulais lui montrer que si moi, je réussissais, lui aussi pouvait. Je lui ai dit Karim, tu es intelligent. Je lui dis toujours."
"Mon centre d'examen, c'était le lycée Henri IV" Lorsque arrivent les épreuves du baccalauréat, Karim prend peur, mais Dalila, elle, tient bon : " Je suis arrivée en retard en anglais, mais je me suis dit, j'y vais quand même et j'ai eu la moyenne. J'ai eu treize. L'après-midi, j'avais une autre langue et mon centre d'examen, c'était Henri IV. C'est un lycée formidable, je l'ai visité et c'est une grosse découverte. Le lendemain, c'était histoire-géo et enseignement scientifique. Le dernier jour, c'était SVT Sciences de la vie et de la Terre, et le français. L'écrit s'est déroulé au lycée Molière, il y avait le choix entre faire une dissertation ou le commentaire de texte et je choisis le commentaire de texte. C'était un texte de Claire de Duras. Le titre Edouard, c'était un dialogue entre Edouard et une comtesse. C'est un amour impossible entre une noble et un bourgeois. J'ai analysé le texte avec mes outils et j'ai réussi. Pour l'oral, j'avais de l'avance. Quand j'ai vu que c'était "Le Mal" de Rimbaud. Je me suis dit : Ça va, je vais y arriver. "
"En Argentine, dans les années 1960-1970, c'était inimaginable d'être lesbienne" Lili, 78 ans, est née et a grandi en Argentine : "C'est là-bas que je suis tombée amoureuse pour la première fois avec une femme, et je n'ai pas pu le dire."
À l'âge de 33 ans, Lili est étudiante à Paris et elle vit sa première histoire d'amour possible : "C'était la première fois que je pouvais être moi-même. J'étais folle de joie. Mais je me suis trompée. C'est une connerie avec cette personne". "Les couples homosexuels n'étaient pas reconnus, je n'avais pas le droit de travailler" Elle passe une annonce dans le journal pour trouver l'amour : "Je cherchais une femme féminine de mon âge. C'était tout ce qui était dit. J'ai reçu deux, trois lettres". Une femme sort du lot et dès le premier rendez-vous, c'est le coup de foudre : "J'ai été impressionnée par sa culture, par son élégance. En quelques minutes, j'étais subjuguée". À partir de ce jour-là, elles ont vécu ensemble. La vie était difficile car Lili avait un visa étudiant en France et ne pouvait pas travailler : "Elle m'a aidé à finir ma thèse de doctorat. Je ne l'oublierai jamais. Elle me donnait à manger, payait des impôts comme si elle était seule, parce que je ne pouvais pas être reconnu comme personne à charge". "Ce que j'avais accepté plus jeune, devenue vieille, je ne l'acceptais plus" Ensemble, elles ont vécu des années dans différentes villes : "Je me voyais vieillir avec elle. J'étais convaincue que c'était pour la vie". Alors qu'elles habitaient en Provence, Lili trouve un travail à Paris et commence les allers-retours : "Toutes les deux, nous avons compris qu'on vivait mieux en se voyant parfois qu'en vivant ensemble. La vie quotidienne n'était plus faite pour nous". Avec le temps, sa compagne commence à devenir de plus en plus secrète : "Elle ne parlait pas de ses sentiments. Par moments elle était proche, par moments elle s'éloignait. Et je ne disais rien, J'acceptais tout".
Alors que Lili a 75 ans, il y a la dispute de trop entre elles deux : "Je lui ai dit que je ne voulais plus jamais la revoir et je suis partie. J'étais étonnée d'avoir été réactive. On ne s'est jamais revues, ça c'était vraiment la rupture finale". Depuis, Lili continue sa vie et fait ce qu'elle veut : "C'est fantastique, je ne dois même pas faire les cafés pour une autre personne". Toutefois, dans les loisirs, elle se sent un peu seule : "Quand j'entends une valse, je danse toute seule en pensant à elle. Celle qui me manque, c'est celle de la jeunesse, celle d'hier, d'il y a 30 ans". Le plus difficile, c'est de payer son loyer car Lili a une petite retraite, mais elle refuse de revivre avec quelqu'un : "Si jamais je retrouve l'amour de ma vieillesse. C'est chacun chez soi, plus de vie en commun".