BETTY BOO - Horloge -

Moi ... ma vie ... Et tout ce que j'aime ...

La vie est une opportunité, profitez-en ...
La vie est belle, admirez la ...
La vie est un devoir, complètez-la ...
La vie est un rêve, réalisez-la ... La vie est une belle chose ...
Et le bonheur ... Le but de l'existence ...
La vie est un jeu, jouez-la ...
En 2005, la SociĂ©tĂ© nationale maritime Corse-MĂ©diterranĂ©e est au bord de la faillite et le gouvernement dĂ©cide de la privatiser. Les marins se mettent alors en grève, montent Ă  bord du navire fleuron de la sociĂ©tĂ©, le “Pascal Paoli” et le dĂ©tournent vers la Corse.
En septembre 2005, le gouvernement de Villepin décide de privatiser la SNCM, la Société Nationale Maritime Corse Méditerranée, l'entreprise qui assure les liaisons entre le continent et la Corse. Le Premier ministre souhaite la vendre au fonds d'investissement Butler Capital. À l'époque, la SNCM, est un service public en grande partie subventionné par la collectivité corse. Elle offre des prix spéciaux pour les Corses, une obligation de continuité du service public, des conditions de travail et des salaires attractifs. C'est aussi la SNCM qui transporte la plupart des marchandises qui arrivent sur l'île. Farouchement opposée à la privatisation de leurs compagnies, les marins et leur syndicat majoritaire, le STC, soutenu par la CGT et quelques continentaux, entament alors une grève. Fin septembre, le mouvement se durcit. Les grévistes bloquent la totalité du port de Marseille. Tous les bateaux sont à quai. Parmi eux, le Pascal Paoli, le fleuron de la SNCM. La route maritime vers la Corse est donc quasiment coupée du continent. C'est alors qu'une trentaine de marins, majoritairement des membres du STC, menés par
Alain Mosconi, un membre actif de la vitrine légale du FLNC, décide de monter à bord du Pascal Paoli et de le ramener en Corse. Ramener le bateau à la maison est à la fois un symbole et une action de protestation contre le fait de déposséder l'île de sa SNCM. Il n'y a pas de passagers à bord, mais juste une dizaine d'officiers qui se retrouvent, si ce n'est pris en otage, du moins contraints de s'exécuter. Parmi eux, le commandant, son second et le chef mécanicien sont embarqués contre leur gré pour conduire le bateau jusqu'à Bastia. Alain Mosconi raconte comment il a réussi, avec son équipage syndical pirate, à détourner un si gros navire, "Nous avons rejoint le Pascal Paoli avec des chaloupes de sauvetage", "On commence à discuter avec les officiers, le commandant notamment. J'ai vu qu'il s'inscrivait dans une démarche de provocation. Sciemment, pour que je dérape. Je me dispute avec le commandant et je lui dis une phrase très simple : Damiani, si ma fille pleure, tes enfants vont pleurer. J'ai menacé le commandant", Alain. Les officiers ralliés à la cause malgré eux, le périple peut commencer, "Nous sortons du port de Marseille et nous nous dirigeons vers le port de Bastia", Alain. À bord du Paoli lui aussi, Laurent raconte la pression croissante exercée par les autorités à mesure que le bateau s'éloigne de la côte française, "Dès la sortie du port, on a eu tout de suite les autorités maritimes, des commandos marine qui ont essayé de monter à bord et de reprendre la main sur le bateau. Les commandos nous suivaient avec des zodiacs rapides et ils se sont accostés à nous. Quand ils ont essayé d'envoyer leurs échelles et leurs grappins, nous, on les a visés avec des grosses lances à incendie, des gros débits d'eau", Laurent. Alain, lui, se rappelle l'arsenal déployé pour mettre fin à la traversée,
"Le gouvernement, un jour après notre départ de Marseille, nous a envoyé quand même trois navires de surface dont le Surcouf qui est un navire furtif, cinq hélicoptères de combat avec les commandos Hubert réputés être les meilleurs commandos marine du monde, avec le GIGN et un sous-marin puisque c'est la procédure normale, lorsqu'il y a détournement de navire, le navire est suivi par un sous-marin. Donc, ils nous ont fait même cet honneur de consacrer quelques millions d'euros pour une action qui, en fin de compte, était qu'une action syndicale", Alain. À l'arrivée au port de Bastia, l'équipage syndicaliste, respectant les termes d'un accord tissé avec les autorités, décide ne pas accoster. En échange, la préfecture promet de n'arrêter qu'Alain Mosconi, tenu pour seul responsable des événements.
Seulement, le 28 septembre au matin, l'accord est rompu, sans que l'on sache exactement à qui en imputer la responsabilité. Les syndicalistes décident alors d'entrer en force dans le port de Bastia. Dans les minutes qui suivent, le GIGN déclenche une intervention musclée, "C'était le matin, très tôt. Le soleil pointait à peine, il y avait des effets de lumière avec les hélicoptères. C'était impressionnant, cinq hélicoptères qui volent au ras de l'eau, très bas. Ils arrivent de l'aéroport, donc on les voit tout de suite. À L'horizon, pointés vers nous, ils font une boucle autour de nous. Alors ça, je me rappelle clairement avoir eu en tête la chevauchée des Valkyries", "Les commandos lâchent l'amarre plombée qui touche le sol et eux descendent en rappel. Très rapidement et en quelques secondes, ils ont la passerelle en main. Ils nous ont menottés", Alain.
"Dès la sortie du port, les autorités maritimes ont essayé de monter à bord et de reprendre la main sur le bateau"

290626

À Saint-Denis, les danseurs de la compagnie Philippe Decouflé mènent des ateliers dans un lycée pro, où sont scolarisés des élèves en situation irrégulière. Avec le temps, les lycéens prennent confiance et dansent sans arrêt, malgré les difficultés administratives auxquelles ils sont confrontés.
À Saint-Denis, dans le 93, dans cette ancienne usine thermique appelée La Chaufferie, s'entraînent et travaillent depuis des années les danseurs de la compagnie DCA, du chorégraphe mondialement connu Philippe Decouflé. Parmi eux, Baptiste Allaert et Olivia Lindon, qui ont accepté de donner des ateliers danse à des élèves tout juste arrivés sur le territoire français et inscrits au lycée professionnel de l'ENNA, situé à quelques mètres de La Chaufferie. Baptiste Allaert, 31 ans, est comédien et a intégré la compagnie DCA il y a cinq ans : "Philippe Decouflé cherchait des interprètes pour animer ces ateliers avec les élèves qui viennent d'arriver en France, qui n'ont pas tous le même niveau de français." Il raconte quel a été l'intérêt des ateliers pour ces jeunes : "Créer ce groupe qui eux-mêmes n'étaient pas ensemble, avec des cultures différentes, avec des langues différentes, des niveaux de français différents." Arthur, 29 ans, est professeur d'EPS dans un lycée professionnel à Saint-Denis : "J'ai démarré ma carrière à Saint-Denis après avoir grandi dans un petit village dans les montagnes." Il est référent d'action pour des élèves qui viennent d'arriver sur le territoire français : "L'objectif, c'est qu'ils apprennent le français, qu'ils prennent des habitudes scolaires dans l'optique d'intégrer l'année prochaine une formation professionnalisante."
Arthur explique les raisons pour lesquelles la danse a été ajoutée au programme : "Libérer les élèves avec leur, leur corps, leur façon de parler, de les sensibiliser au monde artistique." Il parle des profils de ces élèves : "Ces élèves ont des problématiques extrascolaires qui sont très importantes. Ils doivent apprendre le français rapidement, doivent s'intégrer rapidement. Ils ne se plaignent pas, ils veulent venir à l'école, ils veulent apprendre et ça m'a touché." Aboubacry, sénégalais d'origine, est arrivé en France en 2021 et il est en CAP Métal. Il y a deux ans, il a fait un atelier de danse : "J'étais trop timide et j'avais très peur parce que la manière de danser est un peu bizarre." Aboubacry a désormais pris goût à la danse : "Ça me fait du bien, dès que je suis chez moi, ça m'arrive de danser tout seul." Zina, professeure de lycée professionnel en PLP histoire, explique la spécificité de ces élèves : "Ils ont l'impression qu'on ne veut pas d'eux ici, donc ils sont toujours à frôler et ils essaient d'être le plus discrets possible."
La danse permet de leur redonner confiance : "Ça les aide à accepter le regard de l'autre, à bouger différemment." Zina apprend à ses élèves le français, elle est aussi en charge de les aider à trouver une orientation qui leur convient : "Dans notre lycée, on a les métiers de la métallerie et de l'électricité dont on manque cruellement en France." Il est demandé aux professeurs d'envoyer ces élèves vers les métiers où la main-d'œuvre est faible : "On les envoie faire des métiers que personne ne veut faire, parce qu'autrement, ils ont moins de chances d'avoir l'autorisation de rester."
La circulaire Retailleau du 23 janvier 2025 demande aux préfets d'appliquer un durcissement des conditions de régularisation des étrangers, notamment pour les enfants scolarisés en France et les mineurs devenus majeurs : "Sans papiers, les lycéens ne peuvent plus entrer en apprentissage, ni même occuper leur premier emploi. Résultat, ils ne peuvent travailler dans les métiers en tension pour lesquels l'État français les a pourtant eux-mêmes formés." Marion, assistante pédagogique au lycée de l'ENNA, explique que la circulaire Retaillau a davantage durci la situation qui n'était pas facile en raison de la circulaire Valls : "Les seuls retours qu'on a eus sur les demandes de papiers de jeunes, c'était des obligations de quitter le territoire français."