BETTY BOO - Horloge -

Moi ... ma vie ... Et tout ce que j'aime ...

La vie est une opportunité, profitez-en ...
La vie est belle, admirez la ...
La vie est un devoir, complètez-la ...
La vie est un rêve, réalisez-la ... La vie est une belle chose ...
Et le bonheur ... Le but de l'existence ...
La vie est un jeu, jouez-la ...

LUNDI 20 JUILLET

AESH : accompagner tous les élèves - Géraldine se bat pour que son fils, scolarisé en CP à Vincennes, obtienne une accompagnante d'élèves en situation de handicap (AESH). Sophia, enseignante, et Christophe, directeur d'école, pallient chaque jour le manque d’accompagnant. Témoignages poignants sur le manque de personnel…
Géraldine, 39 ans, est prestataire en gestion de projet informatique et mère de trois enfants. Dès l'arrivée en crèche de son fils aîné, elle est alertée sur le comportement parfois violent de celui-ci que les encadrants ont du mal à contenir. C'est lors de son arrivée à l'école que la situation se détériore : "Quand commence l'école, c'est là finalement que ça explose : il continue à taper, à mordre, à devenir aussi violent verbalement. Et souvent, on l'envoyait dans d'autres classes ou dans le bureau de la directrice, il était complètement exclu." C'est lorsque son fils est exclu trois jours de l'école, puis définitivement de la cantine, que Géraldine mesure l'impact : "Vous, parents qui travaillez à plein temps, qui êtes sur tous les fronts, gérez votre enfant quatre jours par semaine de 11 h 30 à 13 h 30. Avec mon mari, on s'est organisé comme on a pu. En compensant, [...] ça engendre beaucoup de fatigue."
Le diagnostic TDAH (Trouble Déficit de l'Attention avec ou sans Hyperactivité) arrive avant l'entrée au CP, les médecins soulignent que le trouble est fortement amplifié par les angoisses : "Ce diagnostic a été vraiment important parce que ça a changé le regard autour de lui à l'école. Au lieu de se dire que c'est un enfant qui ne fait pas d'effort et qui est turbulent, on se dit que c'est un enfant qui a besoin qu'on l'aide." Le diagnostic permet aussi à Géraldine d'espérer l'intervention d'un ou une AESH ( Accompagnants d'Elèves en Situation de Handicap) mais à la rentrée, elle se rend compte qu'il n'y a qu'une seule AESH pour 14 élèves qui en ont besoin, alors qu'il devrait y en avoir au moins six ou sept. Géraldine et son mari sont une nouvelle fois au pied du mur. Elle s'engage alors dans un combat administratif et va jusqu'à organiser une manifestation devant l'école et mener ce combat devant la justice : "Je veux que mon fils sache qu'il a sa place à l'école et dans la société." Christophe a 46 ans, il est directeur d'école à Paris. À la fin d'une année scolaire, il apprend qu'en septembre trois enfants en situation de handicap important feront leur rentrée et qu'ils auront besoin chacun d'une AESH à temps plein. Pourtant ces effectifs ne lui sont pas accordés : "On a seulement deux AESH à qui ces enfants-là font peur, ce qui se comprend parce qu'ils peuvent être tout à fait impressionnants. Pendant un bout de temps, on essaie de jongler avec les horaires parce qu'il y a quand même des moments où les enfants ont des soins. Puis il y avait des fois où vraiment on ne s'en sortait pas et ça devenait explosif. [...] Je devais avoir au moins trois demi-journées par semaine où je pouvais absolument pas travailler en tant que directeur." Lorsque le contrat de l'une des AESH n'est pas renouvelé, Christophe s'insurge : "La seule chose qui me reste, c'est de m'occuper des élèves. Si je suis AESH c'est fini, il n'y aura pas de direction dans cette école, je ne vais pas cumuler les deux boulots, c'est pas possible. Et donc il n'y aura plus rien : aucune inscription, je ne fais plus les repas, les rendez-vous d'admission, pas de nouveaux élèves l'année prochaine, je ne vais plus à aucune réunion, je ne fais plus aucune des missions que vous me demandez de faire pour faire tourner aussi la circonscription. Et voilà, vous perdez un directeur."
La situation mettra plusieurs mois avant de se régulariser et que Christophe obtienne la venue d'une nouvelle AESH au sein de son établissement. Cependant elle n'exerce pas à temps plein et le vendredi matin, Christophe est encore AESH. Sophia, 46 ans, est enseignante dans le Val-de-Marne. À la rentrée, elle apprend qu'une petite fille avec des troubles mentaux et cognitifs sera dans sa classe et qu'elle n'aura pas d'accompagnement AESH. Très vite la situation se dégrade : "Cette petite fille a commencé à faire de très grosses crises. Elle hurlait, elle frappait, elle nous crachait dessus, elle prenait les chaises, les tables pour me les jeter. Nous avons dû faire appel aux pompiers pour la maîtriser. Elle courait dans l'école et se mettait en danger." Les crises de l'enfant surviennent deux à trois fois par semaine et ne sont pas faciles à comprendre pour les autres élèves : "Lorsque la crise se termine [...] quand je reviens, j'ai perdu ma classe, mes petits élèves, ils n'ont plus la concentration et il faut que je les rattrape, si je peux dire, pour pouvoir les concentrer à nouveau. Et il faut surtout que je les rassure, parce que je me suis rendu compte très vite que ça les mettait en insécurité émotionnelle et qu'il fallait que je mette des mots pour leur expliquer." "Chaque enseignant dans mon école est dans un état d'alerte permanent." Face à ces crises qui se répètent et qui sont de plus en plus difficiles à gérer, Sophia sollicite ses collègues et met en place des dispositifs pour temporiser : "J'ai acheté du matériel pour créer un espace dédié en cas de crise qui n'était que pour ma petite élève mais que j'ai pu utiliser pour d'autres enfants d'autres classes. Un coin refuge avec un code. Un timer pour limiter le temps en accord avec moi et des petites choses : un doudou, une couverture, des petits jouets calmants, un thermomètre pour mesurer sa température émotionnelle."
Sophia a aussi noué une relation de confiance avec la mère de la petite fille, qui avait réclamé l'aide d'une AESH sans en obtenir. En janvier, elle a finalement obtenu l'aide d'une AESH pour deux de ses élèves : "Elle les calme, elle les aide à se focaliser. Elle leur parle parfois. Elle les aide dans la compréhension des consignes, dans leurs gestes d'écriture. Il est souvent arrivé que l'AESH prenne l'initiative de proposer à cette petite fille de sortir de la classe pour se calmer, marcher et trouver une solution pour faire redescendre la tension. Sans elle, je ne pourrai pas faire classe à ce jour. Cette petite fille a trouvé de la sérénité à trouver sa place."
Quelques nouvelles Depuis cette entretien avec Géraldine, une AESH supplémentaire est arrivée dans l'école de son fils et s'occupe de lui six heures par semaine.

VENDREDI 17 JUILLET

En juin 2016, Florent Montaclair, professeur franc-comtois, reçoit la « médaille d’or de philologie », l’équivalent de la médaille Fields en mathématiques. Des années après, alors qu'il doit intervenir lors d’une conférence sur les fake news dans son université, sa décoration est remise en cause.
La scène se passe en juin 2016, dans un salon de l'Assemblée nationale. Claude Bartolone, alors président de l'Assemblée, décore ce jour-là une floppée de chercheurs en présence de Pierre Joxe, ancien ministre des Armées et des Anciens combattants de France. Parmi eux, Florent Montaclair, un parfait inconnu, reçoit la médaille d'or de la Société internationale de philologie : "La philologie, c'est l'étude de l'évolution d'une langue à travers ses usages dans différents textes, une discipline relativement confidentielle au croisement de la littérature et de l'histoire."
"Pourquoi ce professeur franc-comtois a-t-il manigancé tout ça ?" Un an après, la même médaille est attribuée à Noam Chomsky, une star de la linguistique, et c'est Florent Montaclair lui-même qui prend la parole pour le décorer : "La Société internationale de philologie est très fière que vous ayez accepté de recevoir cette médaille d'or." Sauf que voilà, la médaille de philologie n'existe pas, pas plus que la Société internationale de philologie : "Florent Montaclair tend bel et bien un écrin mais l'objet qu'il contient ne correspond à aucune distinction réelle, à part dans son imagination très fertile." En 2015, Florent Montaclair, alors professeur titulaire d'un CAPES de lettres, contacte une journaliste de l'Est Républicain pour lui annoncer qu'il vient de décrocher la fameuse médaille d'or. À la suite d'un articleOuverture dans un nouvel onglet dans le journal sur cette fierté locale : "L'Assemblée nationale accepte de prêter un salon pour héberger la cérémonie de remise et le tour est joué." Sylvie Guyon, une des collègues de Florent Montaclair à L'INSPE, y croit comme les autres : "Je n'étais pas en capacité d'évaluer la distinction en elle-même, mais ce qui était mentionné, c'était quand même que c'était une distinction importante." Florent Montaclair s'autodésigne vice-président de la Société internationale de philologie. L'année suivante, Florent Désigne désigne Eugen Simion, un historien et ancien président de l'Académie roumaine, comme nouveau candidat pour recevoir sa médaille. Pour Andra Matzal, journaliste roumaine, qui dirige le site d'investigation Scena9, cette affaire paraît suspecte : "Sur Google Maps, à l'adresse de ces institutions, localisées à Lewes aux États-Unis, est indiquée une enfilade de petits commerces au milieu d'une zone industrielle, rien qui ressemble à une université." Florent Montaclair nie en bloc et l'affaire s'arrête là. Rien de tout cela n'arrive en Franche-Comté, Florent Montaclair devient directeur adjoint en 2022 et il même obtient l'agrégation de lettres modernes sans passer le concours : "Elle lui est octroyée par le biais d'une procédure relativement opaque nommée liste d'aptitude basée sur la carrière, les avis des supérieurs, en clair au mérite." Florent Montaclair s'intéresse à un nouveau domaine, "les fake news". En avril 2025, Barbara Romagnan, une ancienne collègue de Florent Montaclair, lui avait proposé d'intervenir lors d'une conférence sur le sujet, mais découvre la supercherie avant : "C'était inimaginable alors même qu'il accepte de faire cette réunion publique pour parler des fake news." Contacté, Florent Montaclair quitte ses fonctions de directeur mais continue de donner des cours aux étudiants.
Paul-Édouard Lallois, procureur de Montbéliard, reprend le dossier : "J'ai l'impression de découvrir le scénario d'un film." En remontant le fil de l'enquête, il tombe sur les mêmes conclusions que les journalistes roumains : "Toutes les institutions qui entourent la médaille de philologie n'ont d'existence que sur Internet, à travers des sites bancals créés par Florent Montaclair." Paul-Édouard Lallois et la police se rendent à l'adresse de Florent Montaclair pour perquisitionner la fameuse médaille : "Elle provient d'une société de joaillerie parisienne sur laquelle tout un chacun peut commander une médaille, un trophée, un diplôme pour le cross du collège ou la kermesse de la fin d'année pour nos enfants." Florent Montaclair est placé en garde à vue et passe aux aveux : "Il explique avoir créé lui-même les sites internet de l'université, de lui et de la Société internationale de philologie, mais simplement pour donner un coup de pouce à ces institutions." Sur le plan administratif, le ministère pourrait annuler son agrégation ou lui demander de rembourser le trop-perçu sur son salaire. Mais sur le plan pénal, il ne risque pas grand-chose : "Il a trompé du monde, mais une escroquerie intellectuelle, ce n'est pas une infraction."
Ce qui reste à savoir, c'est la motivation réelle de Florent Montaclair, Barbara Romagnan émet une hypothèse : "Je pense qu'il est sans doute aussi joueur, inventif, créatif, sans doute qu'initialement, il a imaginé un truc qui à la fois l'amusait et pouvait lui apporter une satisfaction." Quant à Sylvie Guyon : "Ça aurait pu être un test pour montrer comment on peut aussi produire de rien, une médaille, une distinction." Pour Paul-Édouard Lallois, Florent Montaclair s'est fait prendre à son propre piège : "Je pense qu'il a voulu faire adhérer tout un monde à cette supercherie qui avait au départ un objectif peut-être louable."