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BETTY BOO - Horloge -
Estelle, Alexandre et leur petite fille de quinze mois vont de squats en hĂ´tels, de nuits sous un pont en hĂ©bergements solidaires en attendant l’arrivĂ©e d’un logement stable qui ne vient pas. Pendant ce temps lĂ , expulsions de squats et expulsions locatives se multiplient.
Au PrĂ©-Saint-Gervais, une petite ville de Seine-Saint-Denis, les forces de l’ordre organisent l’expulsion d’un squat. AlertĂ©e par des riverains, une avocate proteste contre la procĂ©dure, "je peux savoir pourquoi vous expulsez illĂ©galement ces gens ?", "pour quel motif juridique, vous procĂ©dez Ă cette expulsion ?". Des squats comme celui-ci, il y en a plusieurs centaines en France. Le logement, "ce refuge indispensable Ă tous est presque devenu un luxe", et RĂ©mi Dybowski-Douat "veut savoir comment on en est arrivĂ©s lĂ ".
"Ce matin, c'est 450 personnes qui perdent leur maison"
Ă€ Vitry-sur-Seine, RĂ©mi Dybowski-Douat assiste Ă l’expulsion du plus grand squat de France. Un bĂ©nĂ©vole du collectif "Le revers de la mĂ©daille", qui dĂ©nonce l’exclusion des plus prĂ©caires dans le cadre de l’organisation des Jeux olympiques, explique le dĂ©roulĂ© des Ă©vĂ©nements, "ce matin, on est arrivĂ©s Ă 5 h 30, parce que les forces de l’ordre peuvent intervenir Ă partir de 6 h, les gens se rĂ©veillaient Ă peine", "des centaines de policiers et de gendarmes sont arrivĂ©s", "c’Ă©tait un peu impressionnant, ils rentrent avec leurs boucliers, avec des cordistes, des Ă©chelles, ils cassent les entrĂ©es fermĂ©es", "ils font sortir tout le monde dans la cour et les Ă©valuent".
Ce lieu hĂ©bergeait près de 450 personnes, "ce sont des gens majoritairement du Tchad ou du Soudan", "quand ils arrivent en France, le squat, c'est la dernière alternative qu'ils trouvent", "ils n’ont pas envie de rester dans un squat, mais Ă©videmment, c'est mieux que la rue".
"C'est un temps de transition avant d'être régularisés et d'avoir un titre de séjour, de pouvoir payer un loyer"
Ă€ Paris, dans un centre d’accueil de jour, RĂ©mi rencontre Estelle, son mari Alexandre, et leur fille de quinze mois Ă peine. Entre juin 2023 et janvier 2024, ils sont hĂ©bergĂ©s en urgence dans près d’une quarantaine d’hĂ´tels, au grĂ© des disponibilitĂ©s du 115. Estelle raconte l'incertitude et l'instabilitĂ©, "parfois, on vous dit que l'on vous cherche logement, et 18 h - 19 h arrive, on vous dit non, on ne vous logera pas, par message".
Lorsque le 115 n’est pas en mesure de leur garantir un toit, Estelle et Alexandre font aussi appel Ă l’association Utopia 56, "Utopia essaie tant bien que mal de nous dĂ©panner", "leur but, c'est de nous attribuer soit une nuit dans un hĂ´tel, soit une famille qui vous hĂ©berge, soit une tente", "il y a un monsieur très gentil qui avait acceptĂ© de nous hĂ©berger du jeudi jusqu’au dimanche, il nous a bien accueillis, il a mĂŞme fait Ă manger le premier jour et nous a donnĂ© les clĂ©s de sa maison".
Le nombre de logements disponibles à la location a fondu de moitié cette année. Lara et Delphine racontent les faux dossiers, les logements trop petits et les marchands de sommeil.
Lara est trentenaire et intermittente du spectacle. Pendant six ans, elle vivait dans un petit appartement, juste Ă cĂ´tĂ© des Buttes-Chaumont, "c’est une manière d'habiter oĂą l'espace Ă soi est extrĂŞmement rĂ©duit Ă son minimum vital", "on plie, on dĂ©plie tout". L’espace Ă©tait limitĂ©, mais Lara s’y plaisait.
"Paris, c'est plus pour moi"
La situation bascule lorsqu’elle apprend par courrier que son propriĂ©taire met en vente le studio, "je me suis dit bon, c'est dans six mois, il faut que je dĂ©mĂ©nage", "je ne m'attendais pas du tout Ă ce que ce soit facile, mais alors Ă ce point-lĂ ?", "Ă ce moment-lĂ , je ne gagne mĂŞme pas un SMIC, je gagne 1 100 € par mois, donc je sais très bien que mon dossier ne va absolument pas passer".
Pour mettre toutes les chances de son cĂ´tĂ©, Lara trafique son dossier, et se fait passer pour une Ă©tudiante. Très vite, la jeune femme rĂ©alise que ses critères ne pourront pas ĂŞtre satisfaits, "je n’ai plus envie de vivre dans 19 mètres carrĂ©s", "mais je sais qu'aujourd'hui, ce n'est mĂŞme pas 19 mètres carrĂ©s auxquels je peux prĂ©tendre dans Paris, c'est 14 mètres carrĂ©s, et encore un peu plus loin, un peu plus en pĂ©riphĂ©rie que ce que j'avais", "Paris c’est plus pour moi". Lara retourne habiter chez ses parents, au PrĂ©-Saint-Gervais, et finit par y trouver un appartement en location.
"Je suis déjà tombée sur des marchands du sommeil, mais lui, c'est le pire"
Ă€ Paris, le nombre d’annonces Ă la location s’est effondrĂ© de 50 % en 2024. Pour un appartement Ă Paris ou en petite couronne, c’est sept candidats en moyenne qui se font concurrence.
Delphine, elle, a rĂ©ussi Ă se loger Ă la capitale. Mais, le prix Ă payer est considĂ©rable. C’est un petit local de neuf mètres carrĂ©s qu’elle prĂ©sente Ă RĂ©mi Dybowski-Douat. Lorsqu’elle visite l’appartement, Delphine doit commencer Ă travailler Ă Paris immĂ©diatement : dans l’urgence, elle n’inspecte rien.
Après l’installation, elle rĂ©alise que ce logement, qu’elle loue 450 € par mois, frise l’insalubritĂ© : fenĂŞtre cassĂ©e, humiditĂ©, chauffage qui fuit et sanitaires encrassĂ©s. ConfrontĂ©, le propriĂ©taire refuse de lui rembourser les deux mois de loyers avancĂ©s. En fait, en louant son bien comme un bureau et non une habitation, il rĂ©ussit, comme beaucoup d'autres bailleurs, Ă contourner la loi de juillet 1989 et son obligation de dĂ©cence.
"Depuis qu'Emmanuel Macron a promis qu'il n'y aurait plus personne dans la rue avant fin 2017, le nombre de SDF a quasiment doublé"
Si l’offre locative s’effondre, le nombre de sans-abris, lui, explose. Aujourd’hui, la France en compterait 330 000, selon la Fondation pour le Logement des DĂ©favorisĂ©s. RĂ©mi retrouve Estelle, son mari Alexandre et leur fille, âgĂ©e d’Ă peine un an. Estelle essaye de se former Ă l’anglais, tant bien que mal, dans l’espoir de trouver un emploi pendant la pĂ©riode des Jeux olympiques, et peut-ĂŞtre Ă la clĂ©, un logement fixe.
Delphine, qui vivait dans un local professionnel de 9 m² catĂ©gorisĂ© "habitat indigne", s'est installĂ©e en colocation Ă Gagny puis dans une chambre de bonne dans le 16ᵉ arrondissement de Paris.
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