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François et Marie habitent à la montagne et ont été coincés pendant plusieurs heures dans un téléphérique. Sauf que Marie souffre de vertige et François est employé par la société qui gère le téléphérique. Et que ces histoires haletantes ont été générées par une intelligence artificielle.
François avait 20 ans en 1975, lorsqu'il est embauché comme agent de sécurité au téléphérique qui relie Grenoble à la Bastille, une forteresse qui surplombe la ville. Il raconte que le 29 juillet 1975, une belle journée d'été, sa vie "bascule" lorsqu'il entend un "bruit bizarre", différent des grincements des cabines qu'il connaît par cœur : il se retrouve coincé dans le vide avec des touristes. Citons-le : "Les minutes passaient et on ne bougeait toujours pas.
On était huit dans la cabine, il y avait une dame avec son bébé, un couple de personnes âgées et quelques autres passagers.
On était suspendu à environ 80 mètres du sol." François décrit son état de panique intérieur, et détaille le déroulé de plusieurs heures en suspension.
Marie a vécu une expérience similaire des années après. Cette fan d'escalade passionnée par la montagne utilisait quotidiennement le téléphérique, jusqu'au 8 septembre 2016. Alors qu'elle monte au refuge dans lequel elle travaille, la cabine s'immobilise. Comme François, elle raconte l'angoisse et les heures d'attente.
Elle dit : "Au début, on ne s'inquiétait pas trop. Les pannes, ça arrive. Mais les minutes sont devenues des heures. Il faisait de plus en plus chaud. [...] Le vent s'est levé, la cabine a commencé à se balancer. J'ai eu peur, vraiment peur, pour la première fois de ma vie en montagne." Après cette terrible expérience, Marie ne sera plus jamais la même.
Deux récits qui semblent tout à fait crédibles... et pourtant.
Ces deux histoires, entièrement produites par une intelligence artificielle entraînée à partir de 1 200 Pieds sur terre, sont l'occasion de réfléchir dans cette émission/expérience à certaines des questions que pose le recours à l'IA dans notre métier. Elles nous permettent de redéfinir le rapport de confiance que nous proposons aux auditeurs et aux auditrices, et le "pacte de vérité" qui nous unit. Et d'observer de près, comme un miroir déformant, certains de nos travers les plus flagrants.
Le chanteur de rue qui ne plaisait pas Ă tout le monde
Chanteur de rue depuis trente ans Ă Rennes, Rodrigue se bat contre un nouvel arrĂŞtĂ© municipal visant Ă encadrer l’activitĂ© des artistes de rue.
Une mesure considérée comme injuste par certains habitants ou comme salvatrice pour des voisins et commerçants à bout.
Chanteur de rue depuis trente ans Ă Rennes, Rodrigue se bat contre un nouvel arrĂŞtĂ© municipal visant Ă encadrer l’activitĂ© des artistes de rue. Une mesure considĂ©rĂ©e comme injuste par certains habitants ou comme salvatrice pour des voisins et commerçants Ă bout.
“Chaque fois que je croise Rodrigue, c'est un peu le rayon de soleil qui illumine Rennes.”
Rodrigue Pailhès est chanteur de rue Ă Rennes depuis trente ans. Il est arrivĂ© dans la ville en 1992 pour ses Ă©tudes de musicologie et a commencĂ© Ă chanter seul dans la rue un an après, avec pour rĂ©pertoire principal des chansons de Renaud et Brassens. Depuis, il vient tous les jours, aux mĂŞmes heures, dans la mĂŞme rue, la rue Le Bastard, la grande artère piĂ©tonne et commerçante de Rennes. Il s’y assoit sur une chaise en bois et y joue, invariablement, avec sa guitare sèche, qu’il pleuve, qu’il vente, qu’il neige. “La première fois que j’ai jouĂ© dans la rue, c'Ă©tait Ă la rentrĂ©e. C'Ă©tait rue Le Bastard, la rue idĂ©ale pour faire ça. [...] J'ai vu que ça touchait des gens et moi, ça me faisait plaisir.”
Pour de nombreux Rennais et Rennaises, Rodrigue est devenu une figure incontournable et sympathique de la ville. “Un samedi rue Le Bastard sans la voix de Rodrigue, pour moi, c'est pas un samedi Ă Rennes.” Le chanteur donne du baume au cĹ“ur aux passants. Cette rĂ©gularitĂ©, Rodrigue la revendique comme une dĂ©marche rĂ©flĂ©chie : “Je deviens un personnage un petit peu symbolique et une prĂ©sence rassurante et immuable.”
“Ça fait cinq ans que j'entends tous les jours Rodrigue, trois, parfois quatre heures par jour, qu'il pleuve ou qu'il vente, y compris le jour de NoĂ«l, le jour de l'an…”
Si cette immuabilitĂ© est pour beaucoup source de sympathie, elle peut ĂŞtre Ă©galement cause d’agacement, notamment pour les riverains et les commerçants de la rue. Julien, un voisin, se plaint ainsi de la rĂ©pĂ©titivitĂ© du rĂ©pertoire de Rodrigue. “C’est un peu le supplice de la goutte d’eau. Prenez votre album prĂ©fĂ©rĂ©, vous le jouez cinq heures par jour, mĂŞme quand vous n'avez pas envie de l'Ă©couter – surtout quand vous n'avez pas envie de l'Ă©couter d'ailleurs – et vous faites ça pendant quatre ou cinq ans d'affilĂ©e… Ă€ la fin, cet album, vous ne pouvez plus le voir en peinture.” Si Rodrigue assure renouveler son rĂ©pertoire en apprenant de temps en temps une nouvelle chanson, sa prĂ©sence pose un autre problème : il empĂŞche d’autres musiciens ou chanteurs de se produire rue Le Bastarde, laquelle est vĂ©ritablement devenue sa rue. Rodrigue s’est par ailleurs dĂ©jĂ disputĂ© avec des distributeurs de flyers pour dĂ©fendre sa place sur le marchĂ© des Lices, oĂą il se produit le dimanche.
La colère des riverains conduit Ă de petites agressions contre le chanteur : insultes des commerçants ou crachats du haut des fenĂŞtres. Mais Rodrigue refuse de cĂ©der aux menaces et continue de chanter, coĂ»te que coĂ»te. Plus d’une trentaine de plaintes ont donc Ă©tĂ© dĂ©posĂ©es Ă la mairie pour nuisance sonore, si bien que celle-ci a fini par rĂ©agir en mai dernier par un arrĂŞtĂ©, indirectement dirigĂ© contre le chanteur. Ă€ cause des nouvelles règles promulguĂ©es, il ne peut plus chanter qu’une heure sur la rue Le Bastarde.
“Ça fait plus de trente ans que je construis ça, cette place, ce rĂ´le. Et moi-mĂŞme, je me suis construit avec ça. Tout ce que je sais, c'est que la place que j'ai maintenant, je vais la dĂ©fendre.” Pour Rodrigue, cet arrĂŞtĂ© signifie qu’il ne pourra plus vivre de son mĂ©tier. Il rĂ©agit alors en rĂ©digeant une lettre ouverte sur les rĂ©seaux, puis en publiant une pĂ©tition en ligne. Ses posts sont vus des dizaines de milliers de fois, commentĂ©s par des milliers de personnes. Deux camps se forment : les pro-Rodrigue et les contre-Rodrigue. L’enjeu, en arrière-plan, est pour beaucoup celui de la gentrification du centre-ville, Ă cause de l’augmentation du prix des loyers et de la multiplication des Airbnb. “Si les loyers deviennent inaccessibles pour moi, il y a un parallèle Ă faire avec ces rues aussi inaccessibles pour les artistes.”
Pour Julien, le problème, beaucoup plus simple, est celui d’une lassitude : les voisins de la rue dĂ©sirent seulement que Rodrigue change d’emplacement plus souvent. “Personne n'a envie d'interdire Ă cette carte postale locale qu’est Rodrigue de se produire dans la rue.”
Des nĂ©gociations avec la mairie ont Ă©tĂ© lancĂ©es par Rodrigue, mais n’ont pas abouti pour l’instant. Le chanteur continue donc de se produire comme avant, en attendant que la police le verbalise. Il dĂ©fend avec ardeur son mĂ©tier et sa passion, les liens et la complicitĂ© qu’il entretient avec les passants qui viennent l’Ă©couter. “Les gens de la mairie me voient comme un individu qui utilise l'espace public pour faire sa tambouille personnelle. Mais cet espace public, si je l'utilise, c'est pour y apporter quelque chose. Ce n'est pas pour reprendre, c'est pour donner. J'aime pouvoir ĂŞtre le lien entre des gens qui ne se parleraient jamais.”
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