BETTY BOO - Horloge -
Le nombre de logements disponibles à la location a fondu de moitié cette année. Lara et Delphine racontent les faux dossiers, les logements trop petits et les marchands de sommeil.
Lara est trentenaire et intermittente du spectacle. Pendant six ans, elle vivait dans un petit appartement, juste Ă cĂ´tĂ© des Buttes-Chaumont, "c’est une manière d'habiter oĂą l'espace Ă soi est extrĂŞmement rĂ©duit Ă son minimum vital", "on plie, on dĂ©plie tout". L’espace Ă©tait limitĂ©, mais Lara s’y plaisait.
"Paris, c'est plus pour moi"
La situation bascule lorsqu’elle apprend par courrier que son propriĂ©taire met en vente le studio, "je me suis dit bon, c'est dans six mois, il faut que je dĂ©mĂ©nage", "je ne m'attendais pas du tout Ă ce que ce soit facile, mais alors Ă ce point-lĂ ?", "Ă ce moment-lĂ , je ne gagne mĂŞme pas un SMIC, je gagne 1 100 € par mois, donc je sais très bien que mon dossier ne va absolument pas passer".
Pour mettre toutes les chances de son cĂ´tĂ©, Lara trafique son dossier, et se fait passer pour une Ă©tudiante. Très vite, la jeune femme rĂ©alise que ses critères ne pourront pas ĂŞtre satisfaits, "je n’ai plus envie de vivre dans 19 mètres carrĂ©s", "mais je sais qu'aujourd'hui, ce n'est mĂŞme pas 19 mètres carrĂ©s auxquels je peux prĂ©tendre dans Paris, c'est 14 mètres carrĂ©s, et encore un peu plus loin, un peu plus en pĂ©riphĂ©rie que ce que j'avais", "Paris c’est plus pour moi". Lara retourne habiter chez ses parents, au PrĂ©-Saint-Gervais, et finit par y trouver un appartement en location.
"Je suis déjà tombée sur des marchands du sommeil, mais lui, c'est le pire"
Ă€ Paris, le nombre d’annonces Ă la location s’est effondrĂ© de 50 % en 2024. Pour un appartement Ă Paris ou en petite couronne, c’est sept candidats en moyenne qui se font concurrence.
Delphine, elle, a rĂ©ussi Ă se loger Ă la capitale. Mais, le prix Ă payer est considĂ©rable. C’est un petit local de neuf mètres carrĂ©s qu’elle prĂ©sente Ă RĂ©mi Dybowski-Douat. Lorsqu’elle visite l’appartement, Delphine doit commencer Ă travailler Ă Paris immĂ©diatement : dans l’urgence, elle n’inspecte rien.
Après l’installation, elle rĂ©alise que ce logement, qu’elle loue 450 € par mois, frise l’insalubritĂ© : fenĂŞtre cassĂ©e, humiditĂ©, chauffage qui fuit et sanitaires encrassĂ©s. ConfrontĂ©, le propriĂ©taire refuse de lui rembourser les deux mois de loyers avancĂ©s. En fait, en louant son bien comme un bureau et non une habitation, il rĂ©ussit, comme beaucoup d'autres bailleurs, Ă contourner la loi de juillet 1989 et son obligation de dĂ©cence.
"Depuis qu'Emmanuel Macron a promis qu'il n'y aurait plus personne dans la rue avant fin 2017, le nombre de SDF a quasiment doublé"
Si l’offre locative s’effondre, le nombre de sans-abris, lui, explose. Aujourd’hui, la France en compterait 330 000, selon la Fondation pour le Logement des DĂ©favorisĂ©s. RĂ©mi retrouve Estelle, son mari Alexandre et leur fille, âgĂ©e d’Ă peine un an. Estelle essaye de se former Ă l’anglais, tant bien que mal, dans l’espoir de trouver un emploi pendant la pĂ©riode des Jeux olympiques, et peut-ĂŞtre Ă la clĂ©, un logement fixe.
Delphine, qui vivait dans un local professionnel de 9 m² catĂ©gorisĂ© "habitat indigne", s'est installĂ©e en colocation Ă Gagny puis dans une chambre de bonne dans le 16ᵉ arrondissement de Paris.
Ă€ mille lieues de la vie citadine, de son vacarme et de son encombrement, suivez Corine, Benjamin, leurs enfants et leur troupeau sur les sentiers du Vercors. Prenez une bouffĂ©e d’air pur, clair et sonore, des goulĂ©es de fraĂ®cheur et de genĂŞts en fleurs.
Désormais reconnue au Patrimoine culturel immatériel en France, la transhumance désigne la migration périodique du bétail, sous la conduite de bergers, de la plaine vers les pâturages de montagne en été (transhumance directe),
et des pâturages vers la plaine Ă l’hiver (transhumance inverse).
Corine et Benjamin mènent leur troupeau de brebis depuis quatorze ans vers les hauts sommets du Vercors. Avec leurs deux enfants, ils logent les trois mois d’Ă©tĂ© dans une petite cabane au milieu des alpages. RĂ©cit de la montĂ©e vers les sommets puis de la redescente, comme un voyage initiatique.
"C’est un Ă©pisode " qui va vous faire gravir des sentiers de montagnes Ă petites foulĂ©es, au rythme de vos pas et de l’univers. Vous y verrez le ciel Ă perte de vue et la nuit des Ă©toiles comme s’il en pleuvait. En chemin, vous observerez tranquillement les boutons d’or qui pointent leur petite tĂŞte de soleil, les narcisses des poètes, dĂ©licats et crâneurs, et les dames de onze heures, blanches, fines et fières, vous accompagner vers les plus hauts sommets. LĂ , les bouquetins et les clĂ©matites, et quelques petites liliacĂ©es vous accueilleront sans façon, pour y passer plus de trois mois ou une demi-heure, Ă vous remettre des fracas du monde, dans votre cabane au milieu des alpages.
Corine, qui a quittĂ© le Jura pour le Vercors, les babillements Ă©merveillĂ©s de Sylvain, son bĂ©bĂ© accrochĂ© dans son dos, les angoisses de Benjamin, son compagnon, qui a quittĂ© une vie de bureau pour le grand air. La petite famille a fait racine dans les montagnes, et s’Ă©panouit dans une symbiose avec la “Ce qui fait sens pour nous, c'est de se lever chaque matin pour s'occuper du vivant.” nature
Sylvain l’Ă©voque ainsi : “Les bergers utilisent souvent le “je” pour parler du troupeau, dans une sorte d'assimilation au troupeau et Ă la montagne. Quand le troupeau se rĂ©pand sur tout le versant, on a l'impression de s'allonger, de s'Ă©tendre sur toute la montagne. On dit qu’on ‘emplane les brebis.’” “La belle herbe verte, la fraĂ®cheur, les grands espaces. Une sorte de puissance nous envahit quand on arrive ici.”
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